Un autre rêve familier
Une ombre rôde. Toujours la même. Pas de visage, juste une odeur.
Quelque chose dans l'angle mort.
Elle vous connaît et vous la connaissez.
Discrète, la garce...
Toujours sur la pointe des pieds, pas une harceleuse !
Plutôt une compagnonne lointaine qui vous envoie des baisers à distance, dont le souffle soudain vous glace la joue, justement parce qu'elle ne vous fait pas assez peur.
Quand s'est-elle mise à vous suivre ?
Aucune idée. Pas de date. Vous ne soufflerez pas de bougie, c'est certain, pour l'anniversaire de votre rencontre, même s'il lui était arrivé de pointer le bout de son nez lors des moments joyeux, qu'elle savait paralyser juste ce qu'il fallait. Paradoxalement, elle vous talonne et vous maintient en mouvement, à sa manière. Sorte d'amour non consenti à moitié réciproque. Elle anime le mort en vous, ne cliquète pas quand elle se promène en sifflotant dans les ornières que votre lourde matière a tracées dans les sillons trop étroits d'un champ trop grand et, peut-être, trop fertile. Elle vous pousse en avant, tout en vous forçant à jeter un oeil par dessus votre épaule.
Elle vous fait courir et vous ralentit. Vous pousse à méditer et vous empêche de réfléchir.
Elle aime prendre la silhouette d'une femme alors qu'elle n'a pas de sexe. Elle n'est sans doute qu'une image, un gaz. Une porte qui claque, une fenêtre qui bat au diapason de ce petit organe si vulnérable et idiot enserré dans votre cage thoracique. Elle épouse tellement votre coeur qu'elle le remplace parfois. Elle remplace vos yeux et vos pensées, aussi. Elle n'était pas derrière mais à l'intérieur. C'est son reflet qu'on aperçoit dans ma pupille. Sa nuance de gris. C'est la vie.
Saint-Lager, 22. 01.26
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