Cendrillon

Cendrillon
« Fallen princess, CINDER », 2017, © Dina Goldstein. Avec l'aimable autorisation de l'artiste.

vendredi 27 février 2026

Je suis ma maison
 
  
Ni mur ni fenêtre
Ni cave ni grenier
Je suis ma propre maison
 
Ni plâtre ni minerai
Ni toit ni fondation
Je suis ma propre maison
 
Ni futur ni passé
Ni vieux récits ni projets
Je suis ma propre maison
 
Ni salle d'eau pour se laver
Ni jardin où se salir
Je suis ma propre maison
 
D'une pièce à l'autre
Je traverse les cloisons
Je suis ma propre maison
 
Ni d'autres livres dans la bibliothèque
Ni de chaises à déplier
Je suis ma propre maison
 
Plus rien dans les cartons
 Plus de balançoire à pousser
Je suis ma propre maison
 
 Pas de lieu vers où courir
Ni d'autres à quitter
Je suis ma propre maison
 
 Au-dedans comme au-dehors
Toujours plein, toujours vacant
Je laisse le vent me parcourir
M'épousseter ou me rider
 
Ni autarcie ni découvertes
Quand l'autre m'effleure et me chatouille
Il ne me meut ni ne m'effraie
 
Souvent la sonnerie trébuche
L'alarme est débranchée
L'âtre reste noir
 Et la brûlure, ailleurs
 
  Un matin le bulldozer arrive
Il cherchera en vain
Tandis que je lui ferai signe de la main
 
Je serai parti et toujours là
Dans la cabine et sous les chenilles
Lui murmurant à l'oreille,
Sans ironie ni oraison :
"Je suis ma propre maison." 


Saint-Lager Bressac, le 20.02.26

Le lierre fleurit-il quand il s'accroche à la roche ?
Quel prénom murmure la tempête quand elle fait ployer les blés ?
Quels regards tendres s'échangent le soleil et la lune
Quand les nuages, la nuit, s'écartent
Laissant enfin scintilleur leurs filles étoilées ?
Au fond du télescope de l'astronome amateur
Se succèdent des constellations difficiles à relier.

Des mois, des années parfois s'écoulent
Avant que la rivière ne recommence à rire
Des pieds nus qui, un été, l'avaient chatouillée
La peau claire que tu trempas, jadis,
Dans le reflet de nos larmes n'a pas perdu
L'éclat souverain qui les rendait robustes.
La vie est une longue vallée qu'animent l'écho
Des visages et des noms recouverts par le poids du silence
Mais parfois, au détour d'un méandre,
Jaillit un vieux poisson qu'on pensait disparu.
Il ne manque pas d'air, il ne manque pas d'eau,
Il ignore jusqu'à l'hameçon qui l'a sorti de la vase
Mais le temps d'un saut ses écailles ont vibré
Au soleil que tu fus, et à la chaleur froide
Que dispense un émoi quand il ne peut plus mourir.
Une éternité ne vaudrait rien si aucune seconde n'était née
Dans un rêve, un instant, le lierre a fleuri
Et j'ai reconnu le nom que murmurait la tempête.

 

Saint-Lager Bressac, le 5.02.2026